Archives mensuelles : août 2014

La tragédie d’un homme ridicule

La tragédie d'un homme ridiculeC’est peut-être à travers le cinéma italien de ces dernières années que nous comprenons le mieux la dégradation de notre propre société. Bien qu’il ne soit pas l’un des films essentiels d’œuvre de Bertolucci, ce dernier est un constat du désordre politique et moral qui règne actuellement en Europe. Primo Spaggiari , (Tognazzi) dirige une grande exploitation agricole ainsi qu’une usine de charcuterie et une fromagerie. Dans la région de Parme est considéré comme un important personnage. Il règne en maître sur toute la ville comme les Ewing le font à Dallas… Un beau matin, Primo prenant l’air du haut de la terrasse de sa propriété, assiste à l’enlèvement de son fils Giovanni. Ses ravisseurs demandent une rançon très élevée. La fiancée de Giovanni, Laura, sert d’agent de liaison entre les kidnappeurs et la famille. Connue pour son appartenance à un groupe terroriste, on se demande si Laura n’a pas elle même suggéré à Giovanni son enlèvement pour escroquer de l’argent à son père. Cette interrogation est la base même du film de Bertolucci. Petit à petit, les rapports humains cèdent la place aux rapports d’argent. Entretenant merveilleusement le mystère de la mort du jeune homme, Bertolucci nous invite à une réflexion sur la famille, les sentiments paternels, les intérêts économiques, l’incompréhension entre les générations. Sur toiles de fond de terrorisme et d’inquiétude politique, il dresse un portrait implacable de la jeunesse actuelle vue à travers le regard d’un riche bourgeois ridicule, un homme dépassé par les événements de son époque. «Les jeunes d’aujourd’hui, dit Bertolucci, son nés en eau trouble ; c’est leur milieu naturel. Nous, nous n’avons pas encore appris à nager !». A regarder en famille pour essayer de se comprendre mutuellement !

Catherine et cie

Catherine et cieJolie Anglaise grugée par un séducteur français, Catherine (Jane Birkin) se retrouve seule Paris, sans moyen de subsistance. S’inspirant des conseils d’un agent de change (Jean-Claude Brialy), elle décide de fonder une société anonyme an monnayant ses charmes : elle loue un splendide appartement et recrute autant d’« actionnaires » qu’il y a des journées dans la semaine (Patrick Dewaere, Jean-Pierre Aumont, Vittorio Caprioli, Mehdi, Brialy et Henri Garcin se succèdent ainsi dans son lit). Catherine se lance alors dans des opérations boursières. Ella fait fortune et peut rembourser ses partenaires… mais l’un d’entre eux, François (P. Dewaere) veut la garder pour lui tout seul… Cette gentille comédie, mise en scène par Michel Boisrond (qui avait filmé Brigitte Bardot au temps de sa splendeur), est cependant assez leste pour avoir scandalise les téléspectateurs Ions d’une diffusion à Antenne 2, car il faut dire que Jane Birkin n’y est pas avare de polissonneries – mais une fois de plus son innocence malicieuse fait merveille, et il faut être bien grincheux pour s’en plaindre.

La partie

Le roi de la maladresse, le prince de la distraction, l’empereur de la gaffe, tels pourraient être les titres de Hrundi Bakshi, obscur acteur indien qui, à peine débarqué a Hollywood, se fait chasser dans les tournages parce qu’il y sème les catastrophes… Or, par une fatalité extraordinaire, il se fait que le brave Hrundi est invité par erreur à une « party » que donne, ce soir-là, un magnat des studios. Il revêt son plus beau costume et, présentant fièrement son carton d’invitation, fait son entrée dans la magnifique villa du producteur qui, on le devine, ne tardera pas à être transformée en champ de bataille, par la faute de l’innocent Hrundi. Avec cette « Partie », Blake Edwards a signe assurément son meilleur film, une comédie débridée qui assume l’héritage du burlesque (pendant toute la première partie, il n’y a pratiquement pas un mot de dialogue) en multipliant les gags tous aussi désopilants les uns que les autres. C’est aussi, dans le rôle du souriant Hrundi Bakshi, un des rôles les plus percutants du grand Peter Sellers, qui met son génie comique au service d’une mécanique à toute épreuve, atteignant ici les sommets de l’hilarité cinématographique.