Archives mensuelles : septembre 2014

Rêve de singe

Ferreri a la réputation d’être un cinéaste à scandale. Parfois il irrite les spectateurs (comme avec « La grande bouffe ») parfois il déroute. C’est le cas de «Rêve de singe». D’un esthétisme raffiné, faisant appel à de nombreux symboles, ce film entièrement tourné à New York est avant tout un conte philosophique. Avec l’humour qu’on lui connaît, Ferreri a donné à son principal personnage le nom de Lafayette (Depardieu). Il est maquettiste dans une sorte de musée Grévin où tous les personnages de cire évoquent la décadence de la Rome Antique. Un matin, après avoir échappé à une bande d’individus masqués répandant une sorte de gaz sur toute la ville, il se réfugie dans un théâtre où il se fait violer par une actrice, Angelica.Rêve de singe Et ce n’est pas tout ! Au cours d’une promenade sur la rive du fleuve Hudson, près des tours du World Trade Conter, Luigi (Mastroianni), un clochard radoteur qui passe ses journées à suivre Lafayette, découvre le cadavre d’un singe géant… comme si King Kong était réellement tombé d’un gratte-ciel. Dans les bras de l’imposante carcasse est blotti un minuscule chimpanzé. Luigi le recueille et le confie à Lafayette qui l’élève et se prend d’amour pour la bestiole baptisée Cornélius. Et ce n’est pas fini ! Luigi se pend, Cornélius est tué et dévoré par des rats, Angelica est enceinte et Flaxman, le directeur du musée de cire, déclenche l’Apocalypse en mettant le feu à ses personnages… A moins de posséder un mode d’emploi, ce film risque bien d’ennuyer bon nombre d’entre vous. Toutefois, le climat onirique créé par Ferreri né devrait pas laisser insensible les amateurs de belles images et de mise en scène léchée. (La vision du grand singe gisant sur une plage déserte avec en toile de fond les buildings de Manhattan est une pure splendeur !). Quant à la signification de cette fable, chacun peut y aller de son interprétation. Pour sa part, Ferreri avoue avoir disserté sur la décomposition de la société contemporaine. Détail intéressant : Depardieu ne s’exprime qu’a l’aide d’un sifflet. Rien ne vous empêche donc de visionner « Rêve de singe » tout en écoutant la retransmission d’un match de foot. Vous atteindrez alors les sommets du surréalisme !

La fille de Trieste

La fille de TriesteOrnella Mufti est incontestablement la plus sensuelle des nouvelles stars du cinéma italien. Elle est belle. Par son regard et sa manière de sourire, elle exprime à l’écran un détonnant mélange de perversité et d’innocence. Dans «La fille de Trieste», elle est fidèle à son personnage. Retrouvant son partenaire de « Conte de la folie ordinaire » réalisé par Marco Ferreri en 1982, « la » Muti joue à nouveau un rôle de jeune femme fragile guettée par une folie qui sommeille en elle. Mais le film de Festa Campanile n’a rien à voir avec celui de Ferreri. Dino, le personnage interprété par Ben Gazzara, n’a pas de la violence dérangeante du Bukowsky de «Conte de la folie ordinaire». C’est un simple créateur de bandes dessinées succombant aux charmes d’une jeune fille sauvée sous ses yeux de la noyade. Peu à peu, Dino découvre que celle qu’il aime est dévorée par une sourde folie. Elle est soignée dans un institut psychiatrique de type ouvert. Elle bénéficie d’une relative liberté et vit, pendant les moments de répit que lui laisse son mal, un grand amour avec Dino. Mais l’équilibre est fragile et la folie surgit, d’abord sous la forme de brusque sautes d’humeur… «La fille de Trieste» est un scénario original de Pasquale Festa Campanile, d’après son propre roman. Cinéaste italien très prolifique, Festa Campanile est aussi romancier, auteur de théâtre et scénariste. Homme érudit et cultivé, presque tous ses films ont été, paradoxalement, des comédies légères. « La fille de Trieste » est une de ses œuvres les plus ambitieuses. Ornella Muti en avait parfaitement conscience puisque pour l’apothéose de folie finale, elle a accepté d’apparaître complètement tondue. La cassette sort en même temps que le film en salles.