Archives mensuelles : décembre 2014

Les oiseaux

Lorsqu’Hitchcock annonça son projet d’adapter – oh, très librement – la nouvelle de Daphné du Maunier, juste après le grand frisson de «Psychose», l’imagination du public et des journalistes alla bon train. On voyait déjà dès la première image des volatiles agressant sauvagement les humains. C’était mal connaître le vieux Hitch. Pourtant, à sa sortie, le film fut accueilli froidement. Les attaques d’oiseaux n’étant vraiment répétées que dans la seconde moitié du film, le début fut considéré comme… bavard. Aujourd’hui, les esprits sont calmés et «Les oiseaux» sont considérés comme un classique, une œuvre d’une grande rigueur.Les oiseaux Hitchcock était et est encore ! Un grand conteur. Il sait que l’attente est le moment le plus angoissant et que l’épouvante ne peut être vraiment ressentie que si le spectateur s’est attaché aux personnages de la fiction. Dès la première minute du film, les oiseaux sont présents sur l’écran, mais ils sont en cages dans un magasin d’animaux où un avocat rencontre une riche héritière, blonde et sophistiquée à souhait, comme il se doit dans un film d’Hitchcock. Hitchcock nous intéresse à ces deux personnages, nous entraîne insensiblement vers le lieu du drame, un village de pêcheurs en bord de mer, et fait surgir l’horreur. Progressivement : d’abord une mouette attaquant, puis des corbeaux, puis tout les oiseaux réunis. C’est l’impasse, la fin du monde, la fin du monde des hommes ! Ça devient encore plus effrayant que la découverte de la mère momifiée du tueur fou dans «Psychose» ! Et, comme d’habitude chez Hitchcock, les détails symboliques, les petites phrases lourdes de sens et la psychanalyse vont bon train. On devine le vieux Hitch, souriant de plaisir et animant son théâtre d’ombres… l’air de dire «Je vous ai bien eus». Un must de la vidéocassette.

Le temps de mourir

Imaginez, débarquant dans votre jardin, une jeune femme amnésique avec, sous le bras, le film de votre mort. Pas de doute, c’est bien vous la victime. Quant au meurtrier, il vous est totalement inconnu…Le temps de mourir Tel est le postulat de départ de ce premier film d’André Farwagi. Un film fantastique français ! La chose, en elle-même, est un événement!Bruno Cremer, riche homme d’affaires, retranché dans sa villa isolée, protégé par ses hommes de main, ses chiens et même un système de surveillance avec cerveau électronique, ne craint rien. Personne ne peut rapprocher. Pourtant, il va être lui-même l’instrument de son destin. Le film l’obsède et trouble sa tranquillité. Il veut savoir qui est ce total inconnu et le fait venir. Il est donc seul responsable de cette rencontre qui, si l’on en croit le film, va lui être fatale ! Mais son «assassin sur pellicule», Jean Rochefort, n’est que le paisible Pdg d’une affaire de loisirs organisés. Ni agressif, ni violent, il n’a pas la moindre intention de tuer un homme qui ne lui a rien fait et qu’il ne connaît même pas… Farwagi joue habilement avec deux grands thèmes de la littérature et du cinéma fantastiques le destin auquel on n’échappe pas (la mort qui vous donne rendez-vous ce soir à Samarkand…) et le surgissement du futur dans le présent (le fameux paradoxe temporel). Mais il évite le gouffre dans lequel sautent à pieds joints la plupart des cinéastes français : l’ésotérisme intello-fantasmatique. «Le temps de mourir» est d’abord une aventure et un drame humain. Au spectateur, après, de philosopher sur le film, s’il en a envie.